Vingt-cinq ans déjà…
En 1984, pour mettre fin à la surproduction qui accumulait des montagnes de beurre dans les frigos européens, on a instauré les quotas laitiers. Faut-il le rappeler, les agriculteurs ont eu du mal à l’accepter, c’était une nouveauté dont ils ne mesuraient pas bien les effets. En 2009, alors qu’on annonce la fin de ces quotas pour 2015, les agriculteurs protestent : ils étaient hier au Luxembourg où ils manifestaient leur colère à l’aide de pancartes sur lesquelles on pouvait lire « pas de nourriture sans agriculteurs ».
Fallait-il instaurer des quotas ?
Les quotas ont permis à l’Europe d’écouler les stocks monstrueux de produits laitiers (on se souvient du beurre rance qui encombrait les frigos communautaires) et de mettre fin au coût extraordinairement élevé de ces pratiques pour le budget communautaire. Ils garantissaient aux producteurs, à l’autre bout de la chaîne, une protection contre les chutes vertigineuses des prix. Il y avait donc, dans l’instauration de ces quotas une formidable manière de réguler le marché au bénéfice de tous !
Mais aujourd’hui, si la Commission européenne consent à accorder des aides aux agriculteurs, elle s’entête à maintenir la suppression, programmée pour 2015, des quotas laitiers. Sourde aux protestations des agriculteurs et aux difficultés de l’ensemble de la filière, Madame Fischer-Boel, commissaire européenne à l’Agriculture, estime « dangereux et irresponsable » de faire naître de vains espoirs quant à ce qu’ »il est réellement possible de faire ».
Pourquoi un tel entêtement à vouloir renoncer à tous les outils de régulation du marché agricole alors qu’aux Etats-Unis, où l’on ne cesse de chanter les louanges du libéralisme, on n’hésite pourtant pas à revenir à un encadrement des prix agricoles lorsque le contexte l’impose ? Pourquoi, alors que les Etats-Unis font preuve de réalisme et de pragmatisme, l’Europe serait-elle plus royaliste que le roi en s’accrochant à l’idée qu’en toute circonstance c’est dans un cadre complètement libéralisé que les échanges fonctionnent le mieux ?
Pour faire face à la concurrence mondiale, les pays du nord de l’Europe souhaitent la diminution du nombre d’éleveurs et la constitution de grandes unités de production. Mais c’est oublier un peu vite que le secteur agricole est fragilisé par les aléas climatiques, les catastrophes naturelles et les risques sanitaires. C’est négliger la nécessité de maintenir un tissu rural dynamique, et de favoriser une agriculture à taille humaine plus respectueuse de l’environnement que les exploitations industrielles.
Il est donc essentiel, au-delà des dogmes, de continuer à encadrer l’agriculture, secteur essentiel de l’économie.
Marie THUREAU
Mots-clefs : MoDem 53, Mouvement Démocrate, Mouvement Démocrate Mayenne, PAC, Union Européenne